Débit de boissons en restauration : licences, déclaration et obligations légales
Votre restaurant vend du vin au verre ? Du whisky en digestif ? Vous exploitez un débit de boissons. L'amende pour ouverture sans déclaration en mairie atteint 3 750 €. Ce que les articles classiques ne disent pas : depuis 1987, la licence IV ne se crée plus. On ne l'obtient pas, on la rachète. À partir de 10 000 €. Si vous n'avez pas prévu cette enveloppe, vous serez limité à la bière et au vin. La Formation Permis d'exploitation couvre ces règles en 20 heures réparties sur 3 jours.
Ce qu'il faut retenir :
- La licence IV ne se crée plus depuis 1987 : seul le rachat d'une licence existante est possible, à partir de 10 000 €.
- Toute ouverture d'un débit de boissons doit être déclarée en mairie 15 jours avant, avec le permis d'exploitation en main.
- 44 % des établissements CHR contrôlés par la DGCCRF présentaient des anomalies en 2018 : affichage, vente aux mineurs, récépissé absent.

Les groupes de boissons : ce que vous avez le droit de servir selon votre licence
Un débit de boissons, au sens du Code de la santé publique (articles L3331-1 à L3336-8), c'est tout établissement qui vend des boissons alcooliques à consommer sur place ou à emporter. Dès que vous vendez une bouteille de bière, vous en êtes un.
Le Code de la santé publique classe les boissons en groupes. Ce classement détermine quelle licence vous devez avoir. Depuis la réforme de 2016 (ordonnance 2015-1682), l'ancienne classification à 5 groupes a été simplifiée : le groupe 2 a été supprimé et ses boissons ont été intégrées dans le groupe 3.
Groupe 1 : boissons sans alcool (eau, jus de fruits, sodas, café, thé). Aucune licence requise.
Groupe 3 : boissons fermentées non distillées et vins doux naturels (≤ 18°). Vins, bières, cidres, poiré, hydromel, crèmes de cassis, apéritifs à base de vin. C'est la frontière de la petite licence restaurant.
Groupe 4 : rhums, tafias, alcools de distillation, certaines liqueurs édulcorées. Ces boissons nécessitent une licence IV ou une grande licence restaurant.
Groupe 5 : toutes les autres boissons alcooliques (whisky, gin, vodka, pastis). Seule la licence IV ou la grande licence restaurant permet de les servir.
Ce que les restaurateurs ratent souvent : un menu sans digestifs peut se contenter de la grande licence restaurant (toutes boissons fermentées). Dès qu'on ajoute un whisky ou un pastis, on bascule sur une licence IV ou son équivalent restauration. Vérifiez votre carte avant de chercher quelle licence acheter.
Licence de restaurant, licence III, licence IV : laquelle choisir et comment l'obtenir
C'est ici que la confusion coûte le plus cher. On distingue deux types de licences selon votre activité principale.
Les licences restaurant
Elles sont réservées aux établissements dont l'activité principale est la restauration. La vente de boissons reste accessoire au repas.
Petite licence restaurant : autorise les boissons des groupes 1 et 3 (vins, bières, cidres). Pas de spiritueux. On l'obtient par déclaration en mairie avec le permis d'exploitation. Pas de rachat, pas de prix de marché.
Grande licence restaurant : autorise toutes les boissons, y compris les alcools forts (groupes 1, 3, 4 et 5). Elle équivaut, pour un restaurant, à la licence IV. On l'obtient par déclaration avec le permis d'exploitation.
La différence avec une licence IV classique : la grande licence restaurant est liée à l'activité de restauration. Si vous cessez de servir des repas, elle tombe. Le détail des licences est disponible sur service-public.fr pour les licences de débits de boissons.
Les licences de débit de boissons (bar, cave à emporter)
Licence III : boissons des groupes 1 et 3 (boissons fermentées non distillées). Pour les bars sans alcools distillés.
Licence IV : toutes les boissons, groupes 1, 3, 4 et 5. C'est la plus complète.
| Licence | Boissons autorisées | Obtention | Prix marché |
|---|---|---|---|
| Petite licence restaurant | Groupes 1 et 3 (vin, bière) | Déclaration mairie | Gratuite |
| Grande licence restaurant | Groupes 1, 3, 4, 5 (tout) | Déclaration mairie | Gratuite |
| Licence III | Groupes 1 et 3 | Rachat d'une licence existante | 1 000 à 5 000 € |
| Licence IV | Groupes 1, 3, 4, 5 | Rachat d'une licence existante | 10 000 à 80 000 € |
Le piège : depuis la loi du 31 décembre 1986, la création de nouvelles licences IV est interdite. On ne peut que racheter une licence existante. Le prix part de 10 000 € en zone rurale et monte à 40 000, voire 80 000 € dans les grandes villes. Un restaurateur qui ne l'a pas anticipé à l'ouverture ne peut pas servir de spiritueux dans son bar. Le découvrir après le lancement coûte cher.
On recommande la grande licence restaurant pour les restaurants : elle couvre l'intégralité des boissons, s'obtient sans rachat, et suffit tant que votre activité principale reste la restauration. La licence IV n'est utile que pour les bars purs ou les établissements qui veulent conserver des droits si l'activité restauration cesse.
Déclaration en mairie : la procédure en 3 étapes pour ouvrir légalement
Avant d'accrocher votre ardoise, une obligation légale s'impose : la déclaration en mairie. Sans elle, vous êtes en infraction dès le premier verre servi.
L'article L3332-1-1 du Code de la santé publique impose au titulaire d'un débit de boissons d'obtenir un permis d'exploitation avant toute ouverture.
Étape 1 : obtenir le permis d'exploitation
La formation dure au moins 20 heures, sur au moins 3 jours. Elle couvre la réglementation des licences, la protection des mineurs, la prévention de l'alcoolisme, les règles d'hygiène. Aucun raccourci possible : sans ce permis, vous ne pouvez pas déclarer votre établissement. ForkWork propose la Formation Permis d'exploitation, valable 10 ans. Le renouvellement est prévu si votre permis arrive à expiration.
Étape 2 : déposer le Cerfa 11542*05 en mairie
Ce formulaire officiel doit être déposé au moins 15 jours avant l'ouverture. Les détails de la procédure et les documents requis sont sur service-public.fr pour la déclaration Cerfa. Vous y déclarez la nature de votre établissement, votre licence, votre identité.
Documents à fournir : permis d'exploitation, pièce d'identité, justificatif de propriété ou bail commercial.
Étape 3 : recevoir le récépissé
La mairie vous remet un récépissé Cerfa 11543. Conservez-le. Affichez-le en salle, côté visible. C'est une obligation d'affichage à part entière.
Ce qui se passe sans déclaration : l'article L3352-3 du Code de la santé publique prévoit une amende de 3 750 €. La fermeture administrative peut suivre. On voit des établissements qui avaient le permis d'exploitation mais pas fait la déclaration en mairie. Les deux sont distincts et tous deux obligatoires.
Voir aussi notre article sur l'affichage obligatoire en restaurant pour la liste complète des documents à afficher en salle.
Les obligations quotidiennes que tout exploitant doit respecter pour rester en règle
Avoir la bonne licence et la déclaration en main, c'est le début. Ce qui génère les amendes, c'est le quotidien.
Interdiction de vente aux mineurs
L'article L3342-1 du Code de la santé publique est sans ambiguïté : la vente d'alcool à un mineur est interdite. La loi impose à votre personnel d'exiger une preuve de majorité en cas de doute. Pas "s'il y a un doute possible". En cas de doute.
On voit des gérants qui forment leur personnel sur la règle mais sans protocole écrit. Résultat : le soir d'affluence, le serveur ne vérifie pas. L'amende tombe sur le gérant, pas le serveur. Affichez la règle en cuisine, mettez en place une demande d'ID systématique pour les commandes alcool des clients jeunes.
Affichage des prix
Les prix de toutes les boissons doivent être affichés de façon visible, à l'intérieur et à l'extérieur. La liste des boissons les plus courantes doit être lisible depuis la voie publique. Pas en caractères microscopiques sur une ardoise au fond d'un couloir.
Heures de fermeture
Chaque préfecture fixe les horaires maximaux d'ouverture. Les règles varient selon les zones : centre-ville, zones touristiques, arrêtés préfectoraux spéciaux. Renseignez-vous en mairie avant d'afficher vos horaires.
Formation du personnel
Votre personnel en contact avec la clientèle doit connaître la réglementation sur la vente d'alcool aux mineurs et aux personnes en état d'ivresse. Une sensibilisation annuelle est recommandée. C'est aussi ce que vérifient les contrôleurs.
Les chiffres qui font réfléchir : selon les données DGCCRF 2018, 3 843 établissements CHR ont été contrôlés, avec un taux d'anomalies de 44 %. Affichage incomplet, vente à des mineurs, récépissé absent. En 2020, ce taux est redescendu à 24 %. Cela reste 1 établissement sur 4.
Pour la partie hygiène et traçabilité contrôlée lors de ces inspections, voir les règles d'hygiène en restaurant.
FAQ : les questions que se posent vraiment les restaurateurs sur les débits de boissons
Quelle est la différence entre une licence de restaurant et une licence de débit de boissons ?
La licence de restaurant (petite ou grande) est liée à l'activité principale de restauration : vous servez des boissons avec le repas. La licence de débit de boissons (III ou IV) permet de vendre des boissons sans repas. Si vous cessez la restauration, la licence restaurant tombe. La licence de débit de boissons reste attachée au local.
Combien coûte une licence IV et où l'acheter ?
Entre 10 000 et 80 000 € selon la localisation. Plus la commune est grande et touristique, plus le prix monte. Les licences IV se cèdent entre particuliers ou via des agents en cessions de fonds de commerce. Elles ne s'achètent pas en mairie. Un notaire peut accompagner l'acte de cession.
Qui délivre les licences de débits de boissons en France ?
Personne ne "délivre" une licence. On déclare l'exploitation d'un débit de boissons en mairie, avec un permis d'exploitation en main. Pour les licences III et IV, on rachète une licence existante et on déclare le transfert. La mairie enregistre et remet un récépissé. Elle ne crée pas la licence.
Quelle licence choisir pour la vente d'alcool à emporter ?
Une licence de débit de boissons à emporter distincte est nécessaire si vous vendez des bouteilles sans consommation sur place. La grande licence restaurant ne couvre que la consommation sur place pendant le repas. La cave à vins à emporter est un débit de boissons à part entière, soumis à sa propre déclaration.
Que risque-t-on si on sert de l'alcool sans déclaration en mairie ?
Une amende de 3 750 € (article L3352-3 du Code de la santé publique), plus fermeture administrative possible. En cas de récidive, les sanctions montent. Le contrôle peut survenir à tout moment, sans préavis. Un inspecteur DGCCRF ou une brigade de police peut entrer dans votre établissement en service pour vérifier licences et affichage.